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Dans une famille de musiciens, le goût des arts et du théâtre m'avait été transmis très tôt. Comme j'étais assez volubile, ma mère n'avait pas attendu pour m'amener au cours de diction avant même que je ne sois inscrit à l'école communale.

Tous les jeudis, nous allions au centre-ville, au n°3 de la rue Ballay, chez cette dame professeur au conservatoire d'art dramatique d'Alger, Madame Paule Granier. Son appartement était rempli de meubles chinois et je me souviens encore de la petite pièce où nous apprenions nos textes, assis sur des poufs rouges sous le regard fixe d'un gros bouddha en cuivre posé sur un meuble. Ma mère dactylographiait sur une vielle machine à écrire tous les textes et les poèmes que j'apprenais, soigneusement rangés ensuite dans un classeur à crochets, dont la couverture portait une image représentant un canard jouant du saxophone. Je m’amusais parfois avec cette machine, une Remington portative qui sentait l'encre, et dont j'aimais manipuler le chariot et appuyer sur les touches pour faire basculer les leviers de frappe. En marge de chaque texte du cahier, ma mère avait mis une décalcomanie, délicatement collée, mais ayant parfois un lointain rapport avec le sujet.

Ces cours de diction, pour le petit garçon que j'étais, consistaient davantage au départ en des échanges affectifs et ludiques. Les récitations que j'apprenais sans effort étaient plutôt un prétexte pour me plonger dans le milieu des comédiens. Je réussissais très bien l'exercice et tout le monde était ravi de me voir déclamer avec autant de facilités.




Je n’étais pas le seul apprenti comédien et je me souviens très bien de ma gentille camarade, Jacqueline Cresienzo ce jour de l’année 1954 où nous avons décroché notre 1ère médaille de diction du conservatoire d’Alger. Mais je n'avais aucun mérite car, comme on disait là-bas, j'avais été vacciné "avec une aiguille de phonographe" et j'étais tombé dans le chaudron de la tchatche à ma naissance, avec en plus une mémoire d'éléphant. Cette mémoire qui sera aussi un handicap tant cette masse colossale de souvenirs hante toujours mon esprit, avec les bons et les mauvais côtés.

Non loin du conservatoire, qui se trouvait sur le boulevard du front de mer, il y avait l’opéra, juste avant la place du Gouvernement, derrière le square Bresson. Ce square était rempli d’oiseaux, et il fallait éviter de passer sous les arbres si on ne voulait pas se faire « baptiser ». L’entrée des artistes de l’opéra se trouvait rue Cadet de Vaux, où une petite porte donnait accès à de multiples escaliers et couloirs aux murs d’un noir brillant, aboutissant dans toutes sortes d’endroits. En y pénétrant, j’avais l’impression de me retrouver dans ces descriptions que nous faisaient nos instituteurs sur l’intérieur des pyramides d’Egypte, où des galeries mystérieuses se ramifiaient dans tous les sens. Je me souviens que la fosse de l’orchestre était accessible par une porte noire depuis une sorte d’antichambre où se trouvaient les vestiaires des musiciens. Ce qu’il y avait de magique était la surprise qui nous attendait derrière certaines portes qui débouchaient sur des escaliers somptueux donnant accès à l’immense salle du public, où le velours rouge sombre recouvrant tout, immobilisant l'air et nous plongeait dans l'univers si convoité des comédiens.

Ma mère y connaissait tout le monde, depuis le régisseur jusqu’aux machinistes, en passant par les ouvreuses et bien sûr les chefs d’orchestre.

Dans les coulisses au plafond infini jusqu’où montaient les immenses panneaux de décors, régnait une odeur de poussière mélangée à celle du fond de teint des acteurs, et de l’irremplaçable colophane, cette résine utilisée aussi par les musiciens mais que les danseuses écrasaient sous leurs ballerines pour avoir plus d’adhérence au sol. Les spectateurs étaient très assidus, et il y avait en Algérie un réel engouement pour les beaux-arts. J’ai pu de la sorte connaître bon nombre de pièces d’opéra et opérettes.

Je me surprends parfois à fredonner ces airs qui chantent toujours dans ma tête depuis Carmen, la Tosca, Faust, jusqu’au Chanteur de Mexico ou l’Auberge du Cheval Blanc. Ce qui m’avait le plus marqué, c’était l’air de la Calomnie de Rossini, interprété magistralement par le Don Basile de l’époque, dont la voix de baryton me donnait le frisson. Tous les plus grands artistes étaient venus à l’opéra d’Alger, et ma mère s’était empressée de me les présenter. Je fus très ému lorsqu’elle fut décorée des Palmes Académiques, en tant que premier violon à l’Opéra et professeure émérite avec plus de quarante élèves. 

A ce monde de l’opéra s’ajoutait celui de la Radiodiffusion, de la Télévision et du Cinéma et il n’était pas rare que le concours des élèves des classes d’Arts Dramatiques du Conservatoire fût sollicité par l’une de ces instances. C’est ainsi qu’en 1955, j’ai tenu de petits rôles de comédien dans diverses émissions de Radio Algérie dont les metteurs en scène s’appelaient Jacques Bedos, Géo Wallery ou Edouard Kneusé. Puis un jour, certains cinéastes voulant porter à l’écran la misère des enfants des rues d’Alger sur le thème consacré à l’enfance malheureuse, il me fût proposé de jouer dans un court métrage réalisé par Max Charley, sur un scénario d’Alexis Danan, le rôle du petit René dans le film intitulé : « L’enfant sans amour ».

C’était la première fois que je tournais dans un film, et les séquences qui n’en finissaient pas, étaient recommencées sans cesse, tandis que les vieux vêtements de laine déchirés que je devais porter m’irritaient la peau, sous un soleil brûlant. Dur métier !

Quand arrivait le mois de septembre, l’opéra fermait ses portes pour les congés annuels, et c’était toujours à cette période de l’année que mes parents prenaient quelques vacances pour m’emmener en France, et surtout à Paris, où mon père ne manquait pas de rendre visite à ses fournisseurs de musique.

Je me souviens avec émotion de ces artisans qui fabriquaient des guitares dans des ateliers nichés sous les toits, où il fallait se courber pour passer d’une pièce à l’autre en marchant sur un épais tapis de copeaux de bois qui sentait la résine et me faisait frissonner comme si Manitas de Plata, le gitan aux mains d’argent, allait surgir de l’ombre pour jouer la « Rumba d’España » que mon grand-père adorait. Le climat de la métropole nous surprenait toujours, tant l’air était frais et léger.

 Mais au bout d’un mois, nous y étions habitués, et en rentrant à Alger, avec la transition, nous avions l’impression de recevoir une chape de plomb sur les épaules, sans compter ce qui nous attendait en arrivant à Belcourt, où les odeurs de la rue de Suez, avec ses légumes écrasés sur les pavés et son crottin de cheval, nous rappelait allègrement que nous habitions dans le quartier des halles.

 

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