L'EXEMPLE DE MON PERE #exempledemonpere #inspirant #rolemodel #familylegacy #hardworkpaysoff #lessonslearned #fatherlylove #legacy #familyvalues #inspiration #fatherfigure #lifelessons #familyfirst #dadgoals #parenting

 



Mon père fut pour moi le modèle par excellence. Tant sur le plan scolaire que pour les travaux manuels, il était la référence. Issu d'une famille nombreuse, il avait tout de même réussi à poursuivre ses études jusqu'au brevet sans jamais cesser d'aider tout le monde dans la maison de ses parents. Dévoué et serviable, il était toujours de corvée quand ses sœurs rechignaient à la tâche. Très tôt, il avait appris le violon et travaillait d'arrache-pied pour décrocher son diplôme au conservatoire de musique. Il maîtrisait parfaitement cet art, interprétant à la manière d'un virtuose la Czardas de Monty, morceau réputé difficile. Ce qui m'impressionnait le plus, c'était son écriture impeccable, d'une calligraphie aussi parfaite que celle d'une imprimerie. Quand il écrivait des pages d'exercices de musique pour ses élèves, l'harmonie qui se dégageait du graphisme avec les portées, les clefs de sol ou de fa, les rondes, les noires, les points d'orgue, me laissait rêveur. Il faut dire qu'à l'époque il n'y avait pas de photocopieurs, et l'achat des cahiers d'exercice coûtait cher. Un jour, je l'ai vu confectionner la page de garde d'un morceau de musique pour un élève, en écrivant le titre avec une branche de pince à linge (en bois bien-sûr) trempée dans l'encre.




Ainsi, c'est grâce à lui que j'ai rapidement appris à écrire. Il m'avait acheté un cahier d'exercices d'écriture relié avec un entoilage noir dont le titre était je crois, "Méthode Renault". Chaque jour je devais m'entraîner avec un porte-plume équipé de la fameuse plume Sergent-Major et un flacon d'encre violette, à faire plusieurs lignes de lettres en cursives, respectant bien les pleins et les déliés. Les pâtés (tâches) étaient nombreux et mes doigts maculés d'encre ne me décourageaient pas, tant j'étais content de travailler sous le regard de ce père que j'admirais.

Je n'ai pas échappé non plus à l'apprentissage "par cœur" de la table de multiplication qui figurait d'ailleurs sur la couverture au dos de tous mes cahiers de classe. C'est mon père également qui devait m'apprendre les mathématiques (avec les problèmes de robinets), l'orthographe et l'art de la rédaction. Je ne comptais plus les dictées qu'il me faisait faire chaque semaine et dont l'exercice n'était pas très enchanteur. Des étés entiers, je travaillais dans son arrière-boutique pour faire ces fameux devoirs de vacances pilotés par le journal "l'Echo d'Alger". Si aujourd'hui je peux compter de tête sans l'aide d'une calculatrice et si j'ai quelques facilités pour écrire et réfléchir, c'est à ce père que je le dois.

 Il a toujours été présent malgré la charge de travail de son commerce, et quand ma mère était de service le soir à l'opéra, c'était lui qui prenait la relève, dressant la table avec mon grand-père et faisant la vaisselle. Si ma mère m'a manqué dans ces moments-là, je peux dire que j'ai eu un père qui a tout fait pour m'entourer et me rassurer. L'histoire de la chèvre de Monsieur Seguin, c'est lui qui me l'a racontée, sauf qu’à la fin, la chèvre ne mourrait pas, et je m'endormais sans faire de mauvais rêves…

Mais en plus d’être un musicien, mon père était aussi un idéaliste têtu qui avait passé une bonne partie de sa jeunesse à réfléchir sur la condition ouvrière et la lutte des classes, les idées de Léon Blum et le Front Populaire. Communiste engagé dans les années 30 il s’était souvent heurté à ses patrons de la SNCFA affichant ses positions pour l’égalité parmi les hommes, et apprenant « l’espéranto » la langue universelle. Les idées de Karl Marx étaient au rendez-vous et l’ont suivi longtemps après qu’il eut déchiré sa carte du PCF le jour où il refusa ce qu’il avait appelé « la pensée unique ».

Mais son anticléricalisme ne l’avait pas lâché et quand je suis venu au monde, bien qu’issu d’une famille catholique très pratiquante, il refusa de me faire baptiser (au grand dam de tout le monde) et me donna ce prénom de « Jan » qui n’était pas le « jean » chrétien. Il me dira plus tard qu’il n’avait pas voulu m’imposer une quelconque religion et que je serais libre de choisir un jour si je veux croire en Dieu. De fait, j’ai souvent entendu chez moi cette phrase de Karl Marx : « La religion est l’opium du peuple ».

 




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